mercredi 30 juillet 2008

Sermon du dimanche 20 juillet 2008 - 9ème Dim. après la Trinité

Chants proposés :

Seigneur, tu nous appelles AeC 212:1-3
Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, AeC 181:1-2
Tu me veux à ton service, AeC 427:1-3


Texte : Mt 25.14-30

14 « Il en sera comme d'un homme qui, sur le point de partir en voyage, appela ses esclaves et leur confia ses biens.
15 Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon ses capacités, et il partit en voyage.
16 Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla les faire valoir et en gagna cinq autres.
17 De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres.
18 Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un trou dans la terre et cacha l'argent de son maître.
19 Longtemps après, le maître de ces esclaves arrive et leur fait rendre compte.
20 Celui qui avait reçu les cinq talents vint apporter cinq autres talents et dit : "Maître, tu m'avais confié cinq talents ; en voici cinq autres que j'ai gagnés."
21 Son maître lui dit : "C'est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilités ; entre dans la joie de ton maître."
22 Celui qui avait reçu les deux talents vint aussi et dit : "Maître, tu m'avais confié deux talents, en voici deux autres que j'ai gagnés."
23 Son maître lui dit : "C'est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! Tu as été digne de confiance pour une petite affaire, je te confierai de grandes responsabilité ; entre dans la joie de ton maître."
24 Celui qui n'avait reçu qu'un talent vint ensuite et dit : "Maître, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes où tu n'as pas semé, et tu récoltes où tu n'as pas répandu ;
25 j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre : le voici ; prends ce qui est à toi."
26 Son maître lui répondit : "Esclave mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé et que je récolte où je n'ai pas répandu ?
27 Alors tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon arrivée j'aurais récupéré ce qui est à moi avec un intérêt.
28 Enlevez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents."
29 – Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on enlèvera même ce qu'il a. –
30 Et l'esclave inutile, chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents." »


Heureux esclaves de Jésus-Christ étonnamment graciés, différemment dotés ou doués et infiniment capables !


« En voilà une façon de s’adresser à nous ! Qu’on fasse valoir que nous sommes doués, voilà qui fait plaisir ! Et qu’on nous considère comme des personnes capables, cela flatte notre ego. Mais… que vient-on nous parler d’esclavage ? Qui peut bien se sentir honoré d’être considéré comme un « esclave » ? Tout le monde veut commander, être le chef, être indépendant. Voilà ce qu’on considère comme un but, un accomplissement, la réussite dans la vie ! »


Laissons de côté le débat à propos de ce qu’est la réussite sociale ou professionnelle. Ce n’est pas là notre sujet. Dans notre texte, Jésus parle d’autre chose. Il y parle – comme souvent – du Royaume de Dieu, de son Royaume et de ses sujets, de leur état et de leur activité.
Cette parabole, Jésus l’a racontée à ses disciples la semaine où il allait être crucifié. Ces paroles sont dites alors qu’il songe à sa mort imminente, à son départ imminent. C’est dans ce contexte qu’il dit : « Il en sera comme d'un homme qui, sur le point de partir en voyage, appela ses esclaves » (v. 14) pour régler avec eux différentes choses importantes avant son absence qui devait se prolonger.


« Longtemps après, le maître de ces esclaves arrive et leur fait rendre compte. » (v. 19) Rappelons-nous : Jésus s’adresse ici à ses disciples pour leur faire comprendre qui ils sont pour lui, comment il les a dotés et préparés pour le temps qui va s’écouler jusqu’à son retour au Jugement Dernier, et ce qu’il attend d’eux en son absence.


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Des « esclaves » de Jésus-Christ,
voilà ce que nous sommes, dit notre texte.


Des « esclaves » appartiennent à leur maître. Ce qu’ils sont et ce qu’ils possèdent, tout cela appartient à leur maître. Et le fruit de leur travail aussi.


Nous savons comment nous le sommes devenus, esclaves de Jésus-Christ : notre Seigneur Jésus-Christ – confessons-nous – « m'a sauvé, racheté et acquis, moi perdu et condamné, en me délivrant du péché, de la mort et de la puissance du diable ; non pas à prix d'or ou d'argent, mais par son saint et précieux sang, par ses souffrances et sa mort innocentes, afin que je lui appartienne et que je vive dans son Royaume, pour le servir […]. » (Martin Luther ; « Petit Catéchisme »)
Cet extrait du 2ème Article de la Foi chrétienne dans le « Petit Catéchisme » de Martin Luther, nous ne le récitons pas comme n’importe quel autre texte appris par cœur. Et encore moins avec la tête courbée comme si nous venions d’être acquis par un nouveau maître sur le marché aux « esclaves ».


Ces paroles jaillissent de notre cœur comme une confession joyeuse et une louange reconnaissante, car celui qui est devenu notre Maître a vraiment donné du sien et payé fort cher pour que nous puissions lui appartenir.


Rappelons-nous : Qu’étions-nous avant de lui appartenir ? Nous n’étions pas non plus libres ! Nous étions lourdement enchaînés sous la domination de Satan ; nous étions perdus pour l’éternité. Pour assouvir sa profonde haine contre Dieu et se venger de lui, le diable voulait nous entraîner avec lui dans les peines éternelles de l’enfer.


A l’époque, quand nous appartenions au royaume de Satan, nous étions exposés à la colère de Dieu, il n’y avait pas moyen d’aller vers Dieu et d’avoir part à sa vie, notre existence était sans espoir, sans issue, il n’y avait pas moyen de nous libérer de notre état mortel d’esclaves de Satan, même pas d’y améliorer notre sort.
Mais Jésus est intervenu. Il nous a arrachés à la tyrannie de Satan et nous a mis en sécurité sous sa Seigneurie à lui. Certes, dans son Royaume, nous ne sommes pas non plus nos propres maîtres – de toute façon, cela, aucun être humain ne l’est ! – mais le Maître auquel nous appartenons maintenant décrit ainsi son règne : « Mon joug est bon, et ma charge légère, » (Mt 11.30), le « fardeau » dont je vous charge est si « léger »[1] qu’au lieu de vous écraser, paradoxalement, il vous tire vers le haut, vous soulage et vous remplit de paix et de joie ! »
Nous l’avons échappé belle ! Dieu nous a fait grâce, il s’est mis en quatre pour nous mettre en sécurité auprès de lui. Nous avons maintenant un Maître qui ne nous tient pas rigueur de nos péchés, qui les a même expiés à notre place. Il nous a évité le châtiment mérité.


Nous avons un Maître qui se soucie plus de notre bien-être que du sien – puisqu’il s’est sacrifié pour nous ! – un Maître qui ne nous punit pas selon nos mérites mais nous fait grâce et a veillé à ce que nous soyons


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des « esclaves » comblés de dons.


Cela prouve d’ailleurs qu’il nous fait confiance. Le maître de la parabole « confia ses biens. » à ses « esclaves » (v. 14). Pareillement, Jésus nous a « confié » – à nous les « esclaves » qu’il s’est acquis à un prix si élevé – il nous a « confié sa fortune »[2] pour que nous l’administrions et la gérions sur terre.
En effet, il a fait de nous des esclaves richement dotés, pas tous pareillement, mais de façon complémentaire. « Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon ses capacités, et il partit en voyage. » (v. 15)


Jésus ne donne que trois « esclaves » en exemple. Il y en a bien entendu infiniment davantage dans son Royaume. Mais trois exemples suffisent pour nous faire comprendre ce qui lui tient à cœur.
Dans son Royaume, Jésus distribue ses dons de façons diverses. Il ne s’agit pas ici du pardon, de la vie et du salut : ceux-là, il les donne sans distinction à tous ceux qui croient en lui. « Celui qui met sa foi dans le Fils a la vie éternelle » (Jn 3.36), un croyant comme l’autre. Dans ce domaine, il n’y a pas de différence entre les « esclaves » de Jésus-Christ.


Mais dans d’autres domaines il y a bel et bien des différences. Il est difficile de ne pas s’en rendre compte. Nous ne sommes pas tous pareillement riches. Les uns sont plus doués intellectuellement, d’autres plus manuellement. Les uns on un esprit plus théorique, d’autres plus pratique. Les uns sont doués pour la musique, d’autres pour le bricolage. Les dons des uns sont plus développés pour être lecteurs, voire diacres, les dons d’autres sont plutôt dans le domaine du jeu d’orgue ou d’autres instruments. Les uns ont plus de facilités pour être trésorier, d’autres pour être monitrice d’école du dimanche. Chez les uns le don d’organisation est plus développé, chez d’autres celui du témoignage. L’un a une santé à toute épreuve, un autre plus de temps pour le bénévolat.


Je vais m’arrêter là, bien que le réservoir de dons de notre Seigneur soit infini : nous en avons reçus bien plus que ceux que je viens d’énumérer.
Tout cela pour dire que nous, les croyants, n’avons pas été fabriqués sur une chaîne de montage d’où chacun sortirait semblable à l’autre, tels des sosies. La vie en église serait vraiment monotone si c’était le cas.


Non, Dieu répartit ses dons différemment entre nous. C’est la raison pour laquelle il n’attend pas non plus la même chose de chacun de nous. Notre responsabilité consiste à être « bons » et « dignes de confiance » (v. 21 et 23), « bons et fidèles »[3] dans la gestion des biens et des talents que Dieu nous a confiés, et non de faire des comparaisons avec les autres qui ont été dotés différemment.
Le maître de la parabole dit pareillement aux deux premiers serviteurs : « C'est bien ! Tu es un bon esclave, digne de confiance ! » (v. 21 et 23), « C’est bien, bon et fidèle serviteur ! »
[4] Le maître fait le même compliment aux deux. Pourtant, le deuxième n’a « gagné » que « deux talents » (v. 22), alors que le premier en a « gagné » « cinq » (v. 20), donc plus du double ! Mais il avait aussi reçu au départ plus de dons.
Dieu n’attend pas de nous de faire l’impossible. S’il attend quelque chose de notre part, il nous en a aussi rendus capables. La seule question que chacun de nous devrait se poser à ce sujet est la suivante :


« Qu’est-ce que je fais avec les dons que Dieu m’a donnés ?
Est-ce que j’y reconnais des "biens" reçus de Dieu, qui ne m’appartiennent pas en propre, à moi, son "esclave" et que je dois faire prospérer dans son Royaume ?
Ou suis-je un "esclave mauvais et paresseux" (v. 26), "mauvais et paresseux" dans l’emploi des dons reçus au service de la paroisse et l’Eglise, dans la famille et au travail ou quel que soit l’endroit où le Seigneur m’a placé dans la vie pour "faire valoir" ses dons ? »
Ce qui frappe dans la parabole, c’est que Jésus n’oppose pas ici le « bon et fidèle serviteur » à quelqu’un qui, comme le fils prodigue, a dilapidé les dons reçus de Dieu. Certes, ce fils dilapidateur est encore pire que le troisième « esclave » de notre parabole, c’est évident.
Mais ici Jésus veut nous faire comprendre quelque chose que nous avons parfois du mal à saisir. Nous avons du mal à voir quelque chose de « mauvais » dans le comportement du troisième « esclave ». Comment peut-on l’appeler « mauvais » ? N’a-t-il pas rendu à son maître ce qu’il avait reçu ?


En raisonnant ainsi, on oublie quelque chose de fondamental : les dons de Dieu ne sont pas des dons inertes. Dieu les a pourvus d’une capacité de productivité et de rendement qu’il serait coupable d’ignorer et de ne pas utiliser.


Le troisième "esclave" représente ceux qui, extérieurement, font partie de l’Eglise, mais qui restent inactifs, qui n’utilisent pas les dons reçus de Dieu pour participer à l’édification du Royaume de Dieu.
Peut-être que beaucoup de chrétiens n’en sont pas conscients, mais, dans sa grâce, notre Seigneur a fait de nous


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des « esclaves » capables de rendement.


Il nous suffit d’utiliser les dons qu’il nous a faits pour sa seule gloire. Ce qui est important, ce n’est pas la nature de mes dons – il est donc complètement déplacé de jalouser les autres – ; ce qui est important, c’est que je ne « cache » (v. 18) pas les dons que le Seigneur m’a faits, mais que je les utilise.
Ce qui est important, c’est que tu fasses confiance au Seigneur : s’il t’a confié certains dons, c’est qu’ils sont utiles et propices à ton épanouissement comme au déploiement du Royaume de Dieu.
Voyez-vous ! croire en Jésus-Christ et en son expiation, ce n’est pas seulement la condition nécessaire pour être pardonné, racheté et sauvé, sans foi en Jésus-Christ, il n’y a pas non plus de vie chrétienne, de vie à la suite et pour la gloire du divin Ressuscité.


Celui qui ne croit pas que Dieu répartit les dons correctement, celui qui ne croit pas que les dons qu’il a reçus peuvent contribuer au développement harmonieux du Royaume de Dieu, celui-là ne fera pas non plus usage de ses dons, celui-là ne portera pas non plus de fruits.
Il est vrai, il arrive que nous connaissions des échecs dans la mise en œuvre de nos dons, en tout cas des échecs apparents. Que cela ne nous décourage pas ! Il n’appartient à personne de porter un jugement sur le niveau de réussite à avoir. Ce jugement appartient au Seigneur seul, lorsqu’il reviendra de son voyage, au Jugement Dernier, lorsqu’il « fera rendre des comptes » (v. 19).
Et là, nous pourrions avoir des surprises : le travail patient et dévoué, apparemment effacé, de l’un se trouvera peut-être avoir eu plus de rendement que les actions d’éclat de personnes plus en vue.
Que chacun de nous se demande donc :


Ø Ai-je déjà découvert les dons et les talents que le Seigneur m’a accordés dans sa grâce ?
Ø Ai-je proposé à ma paroisse de m’impliquer « pour l’utilité commune » (1 Co 12.7) avec ces dons du Seigneur, ou suis-je « paresseux » dans leur application ?
Ø Suis-je reconnaissant aux autres de me conseiller sur la façon dont je puis m’impliquer avec mes dons dans la vie paroissiale, familiale ou autre, pour la gloire de mon Seigneur ?
Ø Suis-je « bons » et « digne de confiance », « bon et fidèle » dans l’usage de mes dons et talents, ou ne peut-on pas me faire confiance ?
Ø Fais-je dépendre mon implication avec mes dons de l’implication des autres ? Est-ce que je sers mon Eglise, ma famille, mon patron, par gratitude envers Jésus-Christ, mon Seigneur, ou pour faire comme les autres ? Autrement dit : Est-ce que je fais dépendre ma vie chrétienne de celle des autres ou de mon Seigneur Jésus-Christ à qui je dois tant, plus que ce que je vais jamais pouvoir lui donner en retour ?


Vous savez : dans une parabole, notre Seigneur n’entre pas dans tous les détails de la vie. Il ne peut qu’y esquisser des vérités importantes. Ainsi, il parle du moment où il confie les talents, puis de son retour pour le Jugement Dernier « longtemps après » (v. 19). Dans cette parabole il ne parle pas du temps de grâce qui s’écoule pour chacun de nous entre ces deux extrêmes.
Mais si nous devions avoir commencé notre temps de grâce comme « le troisième » – ou si, avec le temps, nous devions être devenus « paresseux » comme lui – n’oublions jamais que ce temps est encore et toujours un temps de grâce : si nous nous repentons, si nous demandons pardon à notre Seigneur pour l’amour de son sacrifice expiatoire, sa grâce est assez vaste pour nous pardonner.


Avec ce « long temps » de notre vie ici-bas, il nous offre amplement l’occasion de nous « amender », comme nous le disons dans la liturgie, bref, de nous améliorer, de changer de cap, pour ne pas être « jetés »[5] comme des « esclaves inutiles » « dans les ténèbres du dehors » (v. 30).


Voyez-vous : c’est vraiment une situation singulière que d’être « esclave de Jésus-Christ » (Col 4.12) ! Il nous a « rachetés à un grand prix »[6] (1 Co 6.20). Quant à nous, avec notre changement de Maître, nous avons gagné sur toute la ligne. Il nous a dotés de dons ; nous n’avons qu’à les utiliser, ils porteront alors du fruit car le Seigneur les bénit.


Et le plus inattendu, le plus merveilleux vient à la fin : Comme nous sommes ses « esclaves », tout ce que nous avons, tout ce que nous produisons, lui appartient ; il ne nous doit rien. Et pourtant, que dira-t-il à la fin ? « On donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance » (v. 29) !
Celui qui a porté des fruits parce qu’il a utilisé les dons reçus, celui-là recevra encore des bénédictions complémentaires.
Qu’attendons-nous donc pour utiliser avec foi les dons qu’il nous a confiés, pour les utiliser pour le bien de tous et pour la gloire de notre Seigneur aimant et bienfaisant ?


Amen.
Jean Thiébaut Haessig


[1] Mt 11.30, traduction « Segond 21 ».
[2] Mt 11.14, traduction « Bible de Jérusalem ».
[3] Mt 25.21 et 23, dans version « Segond 21 ».
[4] Mt 25.21 et 23, dans version « Segond 21 ».
[5] Mt 25.30, dans version « Segond 21 ».
[6] 1 Co 6.20, dans version « Segond 21 ».

samedi 12 juillet 2008

Sermon du 6 juillet 2008 - 7ème dimanche après la Trinité

Chants proposés :

Je chanterai, Seigneur, LlS 22:1-4
O Dieu fort, ô tendre Père, LlS 137:1-2+4-5
Dieu de paix, Dieu de charité, LlS 268:1-3+5
Jésus, à sa table sacrée, LlS 163:1-9
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Texte : Jn 6.1-15

6:1 « Après cela, Jésus s'en alla sur l'autre rive de la mer de Galilée, la mer de Tibériade.
6:2 Une grande foule le suivait, parce qu'elle voyait les signes qu'il produisait sur les malades.
6:3 Jésus monta sur la montagne ; là, il s'assit avec ses disciples.
6:4 Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
6:5 Jésus leva les yeux et vit qu'une grande foule venait à lui ; il dit à Philippe : "Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ?"
6:6 Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car il savait, lui, ce qu'il allait faire.
6:7 Philippe lui répondit : "Deux cents deniers de pains ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive un peu."
6:8 Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit :
6:9 "Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de gens ?"
6:10 Jésus dit : "Faites installer ces gens." – Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. – Ils s'installèrent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes.
6:11 Jésus prit les pains, rendit grâce et les distribua à ceux qui étaient là ; il fit de même pour les poissons, autant qu'ils en voulurent.
6:12 Lorsqu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : "Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne se perde."
6:13 Ils les ramassèrent donc ; ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d'orge qui restaient à ceux qui avaient mangé.
6:14 A la vue du signe qu'il avait produit, les gens disaient : "C'est vraiment lui, le Prophète qui vient dans le monde."
6:15 Jésus, sachant qu'ils allaient venir s'emparer de lui pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, seul. »

Cher frère, chère sœur –
que le Seigneur a comblé de richesses spirituelles,
mais aussi de biens matériels !

Dans nos cultes, dans nos études bibliques, au catéchisme, nous parlons le plus souvent des bénédictions spirituelles et éternelles que nous recevons sans compter et sans les avoir méritées de la part de notre Dieu sauveur.
Mais Dieu nous a aussi comblés de bienfaits matériels. Jésus nous apprend à prier pour ces bienfaits matériels aussi : « Donne-nous, aujourd’hui, notre pain de ce jour ! » (Mt 6.11)
Certes, ce n’est qu’une Demande sur sept ; il n’en demeure pas moins que Dieu nous a créés avec un corps qui a ses besoins et nous a placés dans ce monde matériel qu’il a créé et que nous devons gérer avec sa bénédiction ; que nous devons aussi gérer dans l’état d’esprit de notre divin Bienfaiteur, en faisant à notre tour de la bienfaisance.
Justement, notre texte ne nous montre pas seulement comment Jésus a fait du bien à d’autres ; nous y apprenons aussi à quoi devrait ressembler notre bienfaisance à nous.

NOUS FAISONS LE BIEN

1. malgré les innombrables détresses,
2. malgré nos moyens limités,
3. par reconnaissance envers le Seigneur,
4. avec confiance en notre Seigneur.

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NOUS FAISONS LE BIEN MALGRE LES INNOMBRABLES DETRESSES

« Malgré » ? … Curieuse façon de s’exprimer, n’est-ce pas ? On s’attendrait plutôt à entendre dire : Nous faisons le bien « à cause » des innombrables détresses…
Non, ce n’est pas un lapsus : Nous faisons aussi le bien « malgré » les innombrables détresses… Comment peut-on parler ainsi ? Cela, notre texte nous le montrera. D’ailleurs, c’est souvent ainsi que cela se passe dans la vie.

Les disciples de notre Seigneur se sont trouvés subitement face à un défi tel, face à une tâche telle, qu’ils s’adressent à Jésus sur un ton si ce n’est déprimé, du moins résigné. « Une grande foule » venait à eux. « 5000 hommes, sans compter les femmes et les enfants » (Mt 14.21), précise Matthieu de son côté.
Cette foule faisait face à un grave problème. Marc raconte : « Jésus fut rempli de compassion pour eux, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses. » (Mc 6.34)

La plus grande de leurs détresses était d’ordre spirituel. Ils ne connaissaient pas le Bon Berger qui donne sa vie pour ses brebis. Ils se tenaient devant lui sans se rendre compte de qui il était pour eux. Certes, ils le considéraient comme quelqu’un d’exceptionnel, sinon ils ne l’auraient pas suivi aussi loin et en aussi grand nombre, mais ils n’avaient pas encore découvert toute la majesté et toute la gloire qu’étaient celles de Jésus de Nazareth. Et ils n’avaient sans doute pas non plus reconnu le plus grand de leurs besoins.

« Une grande foule le suivait, parce qu'elle voyait les signes qu'il produisait sur les malades. » (v. 2), puis, à la fin de l’histoire, ils voulaient « le faire roi » (v. 15), un roi politique pourvoyeur de biens à moindre frais, mais non pas berger de leurs âmes. Ils ne voient que leur détresse matérielle, pas leur détresse spirituelle. Ils recherchent en Jésus quelqu’un qui résout leurs problèmes matériels et de santé, mais non leur gros problème qu’est le péché.

Mais Jésus s’occupe en premier lieu de leur détresse spirituelle, de leur âme… « et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses » (Mc 6.34). C’était là son ministère premier, et c’est là aussi le rôle premier et principal de l’Eglise de Jésus-Christ, comme de chaque chrétien.
Mais cela ne veut pas dire que nous demeurions insensibles aux détresses physiques et matérielles des gens que nous côtoyons ou que nous puissions les ignorer. Après s’être occupé de la détresse spirituelle de la foule, Jésus « guérit les malades » (Mt 14.14) et, « le soir » (Mt 14.15), il demande à ses disciples comment on pourrait donner à manger à cette foule affamée.
Les disciples n’ont pas de solution à ce problème. Si, ils en ont une : renvoyer ces gens chez eux dans leurs différents bourgs et villages sans avoir pu les nourrir.

N’est-ce pas aussi parfois notre réaction devant l’immensité des besoins dans le monde ? La tâche nous paraît si démesurée que les bras nous en tombent et que nous commençons par ne rien faire. Nous sommes comme paralysés devant l’immensité de la tâche. A peine avons-nous fait une collecte pour venir en aide à des sinistrés d’une catastrophe que les prochains frappent déjà à notre porte. Et que dire des innombrables mendiants rencontrés dans le métro et le RER ? Le salaire pourrait y passer par jour ! C’est à désespérer, non ? – Et bien, non !

Malgré les nombreuses plaies qui recouvrent notre planète, malgré le grand nombre de détresses qui nous environnent, nous voulons venir en aide selon nos moyens, exercer la bienfaisance autant que nous le pouvons. Et

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NOUS FAISONS LE BIEN MALGRE NOS MOYENS LIMITES

dont nous disposons. Notre budget familial est limité, et c’est pareil pour notre budget paroissial – alimenté par nos budgets familiaux – et notre budget synodal – alimenté par nos budgets paroissiaux –. C’est que le nombre de nos membres, lui aussi, n’est pas illimité… loin s’en faut ! Il est même bien peu de choses face aux innombrables nécessiteux de la terre.
Quand, par exemple, nous faisons une collecte lancée par notre « Association Evangélique Luthérienne de Bienfaisance » (l’AELB) de quelques milliers d’euros pour venir en aide à des sinistrés qui auraient besoin de plusieurs millions, voire milliards d’euros pour réparer, reconstruire et refaire fonctionner leur économie normalement, ou tout simplement pour qu’ils aient un abri décent et de quoi manger suffisamment, nous avons l’impression que notre bienfaisance n’est qu’une goutte d’eau sur une pierre chaude, voire sur un désert brûlant.
Nous ressentons alors la même impuissance que les disciples avec leurs « cinq pains d'orge et deux poissons » (v. 9) face à cette foule d’affamés de plus de « cinq mille » personnes (v. 10 ; Mt 14.21) et nous soupirons : « Qu'est-ce que cela pour tant de gens ? » (v. 9) N’est-ce pas peine perdue ? Et pourtant Jésus demande à ses disciples de commencer avec le peu qu’ils ont pour soulager ces nécessiteux.

Il est vrai, « il savait, lui, ce qu'il allait faire » (v. 6), il savait comment il allait faire beaucoup avec le peu que ses disciples avaient à leur disposition.
Il avait, de même, attendu de la pauvre veuve de Sarepta qu’elle donne au prophète Elie le peu qu’elle avait à manger. Et, ô miracle ! Dieu a fait le nécessaire pour qu’elle ne manque de rien par après (1 R 17.9-16)

Ainsi, le petit nombre de paroissiens que nous sommes fait souvent face à tant de tâches, de responsabilités et de besoins que nous sommes tentés de soupirer : « Qu'est-ce que cela pour tant » de tâches, de besoins, de responsabilités ? (v. 9) Il y a les besoins matériels de la paroisse et de l’église qui ne font que croître, et dans cette situation, Jésus nous demande, comme il l’a fait ici à Philippe : "Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ? » (v. 5) « Où trouverons-nous le nécessaire pour répondre aux besoins financiers de l’Eglise ? »
Allons-nous alors réussir l’examen de notre foi en Lui, ou allons-nous verser dans le doute et répondre comme Philippe : « Pas assez ! "ça ne suffit pas !" » (v. 7)

Le Seigneur n’est pas inconscient. Il sait devant quelles tâches il nous place. Et s’il a disposé les choses de manière à ce que nous soyons ses intermédiaires pour apporter notre aide là où elle est nécessaire, il nous permettra aussi de trouver les moyens pour remplir notre mission.

D’ailleurs, avons-nous épuisé toutes les ressources à notre disposition ? Aux disciples Jésus dit : « Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne se perde. » (v. 12) Ne laissons-nous pas « se perdre » un tas de choses ! Que de gaspillage ! Et combien d’argent ne dépensons-nous pas pour des futilités qui ne servent à personne, à nous non plus !
Par exemple : Que faites-vous de vos anciennes lunettes ? On peut les donner pour les malvoyants du Tiers-Monde. Et pourquoi pas pour nos frères et sœurs dans les deux Congos ? Que ne jetons-nous pas, alors que cela pourrait encore servir, si ce n’est à nous, du moins à d’autres ? Le tri sélectif est une première démarche en ce sens. Le ramassage de vêtements dans notre paroisse pour distribution aux nécessiteux en est une autre. L’amour du prochain devrait nous faire découvrir d’autres canaux pour venir en aide les uns aux autres, ainsi qu’au travail de l’Eglise.

Oui, nous voulons faire le bien malgré les détresses sans nombre autour de nous, malgré nos moyens limités, car

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NOUS FAISONS LE BIEN PAR RECONNAISSANCE ENVERS NOTRE SEIGNEUR

à qui nous devons tant ! Ce qu’il a « enseigné » à cette foule qui l’a « ému, parce qu'ils étaient comme des moutons qui n'ont pas de berger » (Mc 6.34), il nous le fait aussi annoncer par l’Evangile de grâce et de vie. Nous savons tout ce que nous lui devons, à lui, « le Bon Berger qui [s’est} défait de sa vie pour » nous, « ses moutons » (Jn 10.11). Nous savons comment il nous a ainsi évité la colère de Dieu et notre damnation. Nous savons comment il nous a arrachés des griffes de Satan et mis en sécurité dans son Royaume de grâce et de pardon.

Il n’a pas lésiné sur le prix à payer pour nous combler ainsi : sa propre vie, il l’a jetée sur la balance, tant il nous aime ! Comment pourrions-nous ne pas l’aimer en retour et ne pas lui montrer notre gratitude ? Aussi notre gratitude pour sa sollicitude de tout instant ?
Et quel meilleur moyen de lui montrer notre gratitude que d’essayer de régler notre vie sur la sienne ? Jésus nous montre, par exemple, comment faire du bien. Il est toujours venu en aide aux autres. La même attitude devrait aussi être la nôtre, à nous, ses disciples. C’est là une occasion toute trouvée de faire plaisir à notre Seigneur. « N'oubliez pas la bienfaisance et la solidarité, » nous rappelle l’épître aux Hébreux, « car c'est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir. » (Hé 13.16)

La multiplication des pains a aussi commencé avec une prière d’action de grâces. « Jésus prit les pains, rendit grâce et les distribua » (v. 11). Notre bienfaisance devrait se faire dans le même état d’esprit, non pas à contrecœur, non pas en murmurant, par exemple : « Mon Dieu ! mon Dieu ! qu’est-ce que tu me demandes encore de faire d’impossible ! », mais avec action de grâces : « Comme tu es bon de m’avoir béni ! Comme tu m’honores de m’employer – comme les douze lors de la multiplication des pains – pour donner de tes biens à ceux qui en manquent ! »
Celui dont le cœur déborde ainsi de gratitude envers Dieu, celui-là dira : « Présent ! » lorsqu’il s’agira d’assister son Seigneur et Maître ! Cela,

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NOUS LE FAISONS, LE BIEN, PARCE QUE NOUS AVONS CONFIANCE EN NOTRE SEIGNEUR

Il leur fallait une bonne dose de confiance en leur maître, à ces disciples, pour tout organiser et faire asseoir la foule et les nourrir avec « cinq pains et deux poissons ». Ils n’avaient aucune idée comment cela pouvait être possible, et cependant ils font ce que le Seigneur attend d’eux. Ils avaient foi en lui : il s’en sortira bien !
Et, ô miracle ! Jésus multiplia « les cinq pains et les deux poissons » en sorte que « tous mangèrent et furent rassasiés » (Lc 9.17).
Cette histoire nous montre que la bienfaisance chrétienne est une affaire de foi, de confiance en Dieu. Ne doutons pas de la sollicitude de Dieu pour nous, ne doutons pas que Dieu bénit effectivement la bienfaisance, sinon nous allons hésiter à faire le bien ; peut-être que nous participerons à contrecoeur, à cause du qu’en dira-t-on, mais ce que nous ferons alors ne sera pas de la bienfaisance à laquelle Dieu prend plaisir.

Il est vrai, Dieu place parfois la barre bien haut, par exemple pour entretenir la vie et les activités de notre église, ou pour le démarrage d’un nouveau poste missionnaire. A vue humaine, cela paraît parfois aussi irréalisable que de nourrir plus de 5000 personnes avec cinq pains et deux poissons.

C’est qu’il faut inclure Dieu dans notre calcul. Avec lui, les comptes seront équilibrés, à moins que nous ne doutions de lui. Comme il l’a attendu des douze à l’époque, il attend aussi de nous aujourd’hui que nous lui montrions que notre foi, ce ne sont pas de simples mots, des mots vides de contenu, mais une réalité qui nous anime et donne le ton à notre existence. Lui sait alors comment cela doit continuer.

Le Siracide, écrit apocryphe de l’Ancien Testament, dit : « Faire le bien est un jardin béni » (Si 40.17). Cela s’est avéré lors de la multiplication des pains : à la fin ils ont été plus riches qu’au début. Au début ils n’avaient que cinq pains et deux poissons ; à la fin ils se sont retrouvés avec « douze paniers avec les morceaux des cinq pains d'orge qui restaient » (v. 13).
C’est là une réalité du Royaume de Dieu : Quand un croyant ou une paroisse « accorde une faveur au pauvre, » il « prête à l'Eternel, qui lui rendra son bienfait. » (Pr 19.17)[1].

Prions Dieu pour que l’histoire de la multiplication des pains pour nourrir les 5000 nous donne une nouvelle impulsion pour

FAIRE LE BIEN

1 malgré les innombrables détresses,
2 malgré nos moyens limités,
3 par reconnaissance envers le Seigneur,
4 avec confiance en notre Seigneur.

Amen.

Jean Thiébaut Haessig

[1] Pr 19.17 dans Segond 21